04 janeiro 2008

"Mais, je m'appele Ferdinand!"

















Votre film ressemble à un puzzle dont la véritable signification n’apparaît qu’après-coup. Avez-vous pensé que cette forme d’écriture-là pouvait désorienter une partie du public ?

Peut-être un peu, mais ce n’est pas un sentiment qui me préoccupe parce que je considère que mon langage est finalement beaucoup plus concret que celui de films comme… « Taxi pour Tobrouk », « Mélodie en sous-sol » ou… « Le Tonnerre de Dieu ». Pour moi, ce sont des films totalement abstraits. Un châtelain qui recueille une prostituée ne lui parle pas comme Gabin dans « le Tonnerre de Dieu ». C’est un univers totalement faux. Je ne critique pas les données, mais le résultat. Les gens prennent cela pour du concret, ou plutôt ils savent que c’est de la fiction, mais c’est la part du rêve dont ils ont besoin. Et quand on leur montre le visage, celui qu’ils voient tous les matins en se rasant ou en faisant leur toilette devant la glace, celui-là les ennuie profondément, alors que la seule chose qui pourtant les intéresse, c’est eux-mêmes.
Il y a donc là une contradiction que je n’ai jamais bien résolue, dont je suis conscient et qui fait qu’on nous traite d’auteurs abstraits alors que je suis convaincu du contraire… En peinture, on peut dire « ça c’est concret », « ça c’est abstrait », les mots correspondent à des réalités. Au cinéma pas du tout, puisque le concret est présent partout. Une voiture est une voiture dans n’importe quel film, qu’il soit russe ou américain ; les sens des mots concret ou abstrait, réalité ou irréalité ne recouvrent pas les mêmes concepts. Moi j’appelle un film de Verneuil un film abstrait, parce que je trouve qu’il ne correspond pas aux données normales de la vie.

Un film est une chose qui tient un peu du roman, de la peinture et de la musique. Du roman parce qu’il raconte une histoire à l’aide de personnages, de la musique parce qu’il y a des sons et que l’on peut y mettre de la musique, de la peinture puisque ce sont des images animées ou inanimées. Au départ, je considère tous ces éléments sur un strict pied d’égalité. Ce sont des moyens de narration. C’est comme un romancier qui dispose de temps grammaticaux, de certains noms, de certains adjectifs qu’il avance dans un certain ordre. Il décide d’écrire tout à l’imparfait ou tout au passé composé, ou bien de temps en temps… Il se donne la liberté d’y introduire le présent. On ne dira pas à l’auteur d’un roman au passé qui emploie tout à coup le présent : « là, vous avez fait une citation du présent »… Dans « Pierrot », Anna s’appelle Marianne… Elle s’appelait autrement et puis dans les dialogues, on parlait des « Caprices de Marianne »… Alors j’ai préféré l’appeler carrément Marianne. Peut-être y a-t-il des gens qui peuvent penser aux « Caprices », et comme c’est un film romantique, c’est pleinement justifié. Et puis, il y a Marianne de Marivaux aussi, et si je veux encore qu’on pense à Renoir, je n’ai pas besoin de dire « elle ressemble à un tableau de Renoir », je n’ai qu’à prononcer le nom de Marianne et montrer en même temps un tableau de Renoir.

Extracto de uma entrevista por François Maurin- L’Humanité - 1965



Entretien avec Jean-Luc Godard

17 comentários:

Anónimo disse...

Estive a ver o post sem fumo e agora este que precisa de mais tempo.
Deixo o link para depois mas vou voltar a ver as imagens uma a uma.
Inês

corpo visível disse...

.
poucos cineastas me seduzem tanto como o godard.
.
un film est une chose qui tient un peu du roman, de la peinture et de la musique.
.
et de commotion aussi.
.

Anónimo disse...

Excelentes momentos.
Aqui.
J.

Lis disse...

Olha, olha, tema em comum: cinema.


Volto com mais tempo.

art&tal disse...

celine!

Anónimo disse...

Estás a atravessar a França?
Por sinal em boa companhia. Esse link dos Cahiers é um bom entretem...
Z.C

Bandida disse...

je l'aime aussi.


trés. trop. trés.



B.

Bandida disse...

je l'aime aussi.


trés. trop. trés.



B.

intruso disse...

[um dos meus filmes preferidos...]

(um pouco de tudo, como diz ele...)

{...e os planos são incriveis, pois é}

[A] disse...

Cada frame(?)vale por si só!


et pourquoi tu m´appelle Janine si Je m´appelle Thérèse?
allors,
c´est fou le rouge!

teodolito disse...
Este comentário foi removido pelo autor.
Frioleiras disse...

rouge...
c'est
LA VIE !

Haddock disse...

muito, muito bom!!!
e nem aprecio especialmente o mestre... (provavelmente porque o vi cedo demais).

excelente composição, merdinhas.

(já me apetecia dizer mal aqui de qualquer coisa...)

take.it.isa disse...

obrigada pelo excelente link dos cadáveres!

volto amanha para ver melhor o teu post

purita disse...

Gostei foi da pergunta: Avez-vous pensé que cette forme d’écriture-là pouvait désorienter une partie du public ?
:) naaah!

isabel mendes ferreira disse...

atenção:


roubo roubo e roubo!!!!

:)


____________________.


levei....


...para depois recordar...







beijo com beijo.



fabuloso post...

is disse...

(tenho um pudor enorme em dizer o que quer que seja sobre o Godard)